09/10/2009

Quels regrets ou enseignements pour cette campagne?

Il est toujours difficile de faire un bilan de campagne avant le résultat des élections. On peut avoir un ressenti par rapport à un investissement effectué, mais il est virtuellement impossible de savoir si cet investissement portera ses fruits.

En ce qui me concerne, une seule règle m’a animée au cours de cette campagne: ne rien regretter. Pour moi, cela signifiait: avoir – prendre – le temps de mener à bien les initiatives qui me semblaient intéressantes. Je pense qu’il y a peu de choses que je ferais différemment si je devais recommencer cette campagne.

J’ai fait le choix de m’investir tres tôt dans la campagne – en Novembre de l’année dernière. Pourquoi? Parce que dans ma définition, un politicien ne peut pas être uniquement dans l’artifice et doit développer des connaissances approfondies. J’ai donc souhaité m’impliquer dans la stratégie de campagne ou encore dans la conception du programme électoral.

Mais concrètement, se donner le temps de faire campagne, cela signifie faire des “sacrifices” personnels, en termes de salaire et de temps personnel. A l’heure actuelle, je ne regrette pas le temps que j’ai investi, car j’ai l’impression d’avoir “grandi” au cours de cette campagne. Mais j’avoue redouter les résultats de cette élection car elles me confronteront à une forme d’échec personnel. Est-ce que les candidats devraient être soutenus par la République dans cet investissement? Peut-être, mais ca n’est pas une priorité. Il faudrait déjà que la République soutienne de manière plus efficace les élu(e)s!! Même si c’est un sujet polémique, presque tabou, l’investissement politique – jusqu’à un haut niveau de responsabilité – n’est pas valorisé. On ne vit pas décemment avec un seul salaire de député ; les députés n’ont de plus pas un statut d’employé et ne sont donc pas “protégés” par nos systèmes sociaux (retraite, maternité…). Il est donc difficile de s’engager pour le bien commun si on n’a pas les reins solides, ce qui exclut de fait une part de la population.

Je pense que l’une de mes plus grandes frustrations au cours de cette campagne est venue du difficile équilibre à créer entre les actions collectives et les actions individuelles. Les actions collectives sont essentielles: elles permettent de créer un esprit d’équipe au sein du groupe de candidats – elles permettent de forger une “image” à la liste. Mais le fait est que sans action de communication personnelle, impossible d’être dans les “happy few”, les quelques chanceux qui deviendront député(e)s. Quand on est un “jeune” candidat, il me paraît bien difficile de faire sa place au soleil.

Facebook et les blogs sont des outils démocratiques en ce sens qu’ils permettent à tous les candidats de s’exprimer sur leurs sujets de prédilection. Cependant, il est important de connaître les limites de ces outils. Facebook, s’il laisse une grande liberté d’expression, est aussi par définition un club d’initiés, qui peut donner l’impression trompeuse de communiquer ses idées au monde entier. Facebook a également l’autre désavantage de mélanger par défaut les communications privées et politiques, ce qui pour des personnes qui ne maîtrisent pas ses subtilités peut s’avérer extrêmement dangereux.

Les blogs – et notamment les blogs liés à un journal – sont un outil plus intéressant pour les campagnes thématiques, puisqu’ils mettent en avant le message et non la personne. Ils sont aussi une manière d’engager un dialogue avec les médias. De plus, le fait de soumettre ses idées personnelles au “grand public” peut permettre de mieux comprendre les enjeux (thématiques et politiques), mais aussi d’expérimenter à une petite échelle les attaques que l’on subira plus tard dans la vie politique. Mais dans tous les cas, ces outils virtuels ne peuvent se suffire à eux-même: ils doivent être une passerelle, le prolongement d’une action de terrain mais pas le centre de la campagne.

Si je devais donner un conseil à des jeunes concernant leur engagement en politique, je leur dirais les choses suivantes:

  • osez vous mettre en avant
  • réfléchissez aux thèmes phares que vous souhaitez développer (pas plus d’un ou deux)
  • posez des questions / demandez des conseils à des personnes plus expérimentées, dans votre parti ou à l’extérieur
  • si c’est votre première campagne, emmagasinez un maximum d’informations, car tout ce que vous voyez aujourd’hui vous rendra plus fort dans le futur
  • et surtout… profitez !!!!

Commentaires

Et bien tu as eu raison de t'arrêter de travailler et pas seulement pour la grossesse. Ta campagne était très réussie!

T'as bien eu raison de prendre du temps, moi je suis sur les rotules n'ai pas pris de congé pour tout cela. 120% au boulot et plein d'heures pour les activités de campagne... Bravo d'avoir écrit ce "return on experience" ca pourrait être utile pour les prochains qui se lanceront ;)

Par contre je pense que tous les candidats ont préparé cette campagne, en fait il faut la vie entière pour faire murir en nous les idées.

Écrit par : Jacqueline Roiz | 10/10/2009

Salut Jacqueline,

A vrai dire, je n'ai pas arrêté de travailler ! Je me suis mise indépendante et ai ainsi pu réduire mon taux d'activité, pour effectivement plus m'investir dans la campagne.
C'était un bon choix en termes de projets, mais m'a également joué des tours. Alors savoir si c'était un bon choix... C'était positif pour la flexibilité que ca m'a donné, mais je ne sais pas si le jeu en valait la chandelle.

Concernant le travail, si tu entends parler de mandats dans le domaine politique ou entreprenariat...

Aurore

Écrit par : Aurore Bui | 13/10/2009

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